Kabylie Djurdjura

Articles récents

Célia Ould Mohand

10 Septembre 2012 , Rédigé par Med Tabèche Publié dans #Portraits

  "Le rossignol du Djurdjura"

            C'est dans une ruelle du village Lemsella d'Illoula Oumalou, que nous avons rencontré par hasard Célia Ould Mouhand âgée de 12 ans. C'est la fête annuelle de la figue dans ce village pour la sixième fois en ce début de septembre 2012, Studio21 école présente la célèbre exposition collective "Photos de Kabylie".

 

Apres avoir visité l'exposition de photos avec son père, Célia accepte de nous jouer quelques airs avec son violon. Elle s'assoit au milieu des cadres de photos à "Tajmaït", lieu hautement symbolique des Kabyles, où de grandes décisions se prenaient et où les femmes n'étaient pas admises.

 

Quand elle commence à chanter, c'est une voix éthérée et féerique qui envahit les ruelles du quartier du village, canalisée par les murs des maisons anciennes de pierre et de terre, elle vous pénètre le corps et vous fait frémir. Accompagné du son de son violon, Célia chante la complainte de Matoub,  sa voix magnifique résonne dans les collines de Kabylie, l'écho  atteint les sommets altiers du Djurdjura et plane indéfiniment dans les cieux.

 

Cette représentation totalement improvisée est un symbole d'une évolution positive à laquelle aspire cette nouvelle génération de plus en plus déterminée. Par la jeunesse de Célia, sa beauté et sa voix féerique, on perçoit une note d'espoir pour l'Algérie de demain. 

 

Avec l'aimable autorisation du père de Célia pour publier cette vidéo et porter ainsi le plus loin possible le chant du "Rossignol du Djurdjura".    07/08/2012 Med Tabèche


 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

Le Macchabée 2012

4 Août 2012 , Rédigé par Med Tabèche Publié dans #Le Macchabée du Djurdjura

            J'avais promis de retourner à la grotte du Macchabée pour vous rapporter des images plus récentes et de meilleure qualité, voila c'est fait !

J'ai découvert cette grotte et la dépouille il y a plus de 40 ans, je lui ai consacré de nombreuses pages dans mon blog. Ceux qui m'ont lu ont appris sur ce sujet presque autant que moi. Cependant une question se pose aujourd'hui.  

 

            N'avons-nous pas  trop écrit et parlé du Macchabée du Djurdjura et de sa grotte ? Tous ceux qui ont abordé ce sujet, pour diverses raisons à commencer par moi-même, que ce soit sous le noble argument de la préservation du lieu ou simplement pour révéler une curiosité rare, nous n'avons fait qu'attiser la curiosité de nombreux autres visiteurs et attirer par contre d'autres prédateurs et profanateurs sur les lieux.

Il ne suffit pas d'avoir de bonnes intentions pour faire et réussir de bonnes actions, nous le savons depuis longtemps, une sentence de chez nous le dit : "Un jour, la cigogne voulait embrasser son petit, elle lui a crevé un œil". L'objectif est justifié, tendre et noble, mais la finalité est désastreuse. Pour le Macchabée et son antre notre intention était bonne et louable mais les résultats sont hélas décevants. 

Oui! Je fais mon mea culpa, peut être suis-je, à mon humble niveau, un peu responsable des dégâts irréversibles causés au Macchabée et à sa grotte ?

La visite récente m'a cette fois ci, permis de conclure sincèrement que le jeu ne vaut plus la chandelle, que le danger est plus important pour voir le peu qui reste du Macchabée, comme a dit la petite Maya Belaoud à la fin du reportage "j'ai vu le Macchabée mort" donc, passez votre chemin il ne reste rien à voir !  

 

 


 

Mohamed Bougheddou

4 Août 2012 , Rédigé par Med Tabèche Publié dans #Hommages

  Bougheddou Mohamed DSC05131

Mohamed Bougheddou est l'un des rares Algériens connus pour avoir pratiqué la spéléologie avant la guerre, il a été découvert par les membres du Spéléologie Club de Boufarik en 1988. Ils ont effectué le déplacement chez lui à Miliana pour l'interviewer et publier l'article dans leur revue"IFRI 88". Âgé alors de 60 ans et débordant d'énergie, il les conduit même jusqu'à sa grotte. Lors d'une rencontre à Sidi Fredj en juin 2012,  on le retrouve plus âgé, avec sa passion pour la spéléologie toujours intacte, il parait prêt à mettre un casque avec une lampe frontale et enfiler un baudrier avec ses 84 ans.   

 

- Parlez-nous de vos débuts à la spéléologie.

- J'ai débuté par le scoutisme, ensuite, C'est à dire en 1946, j'ai fait la connaissance de Wernier qui était membre actif de la"Société Spéléologique de France". Pour nous c'était un sport et un loisir. On essayait en même temps d'explorer. Les débuts c'était à Miliana avec les mines du Zaccar qui débouchaient parfois sur des grottes. Souvent on ne pouvait pas entrer puisque c'était une propriété de la mine. La grotte qui me plaisait le plus est celle que vous avez visité, j'y allais souvent. Après une descente à la corde, on trouve un très beau pilier que j'aimais contempler des heures durant.

En 1928, date de ma naissance, les colons ont creusé des galeries horizontales pour chercher du minerai. Ils ont trouvé un filon, qu'ils ont suivi jusqu'à aboutir à la grande salle de la grotte. Ce sont les bergers, sans doute qui l'ont dénommée "Ghar El Khadem", du fait qu'elle apparaît noire, ou parce qu'un esclave y vivait, allez savoir? 

 

- Que pouvez vous dire sur le  matériel de  spéléologie de l'époque ?

- Oh ! Une grande différence ! Si on avait eu ce matériel à cette époque…On a acheté du câble d'acier de 3 mm et des tubes en duralinox ! (Léger et inoxidable) et on fabriquait des échelles de nos mains. Les échelons étaient de 14 cm, juste pour faire passer le talon. Je me souviens des mesures parce que je les ai travaillé moi-même. On a fait 19 mètres d'échelle. On a percé le tube des deux cotés pour passer le câble coincé par des chevilles bien serties.

 

-Ce matériel, vous l'achetiez-vous même, ou bien c'était des gens qui vous aidaient ?

-Rien ! Rien ! Tout était payé de nos poches. Mon père était un ancien combattant, il a perdu une jambe durant la deuxième guerre mondiale, il avait donc une bonne pension et me soutenait dans mes activités. De notre temps on avait des échelles et des cordes de chanvres lourdes et raides, pas comme les cordes de maintenant étudiées pour résister aux chocs et aux frottements. Quant aux casques de protection, les premiers utilisés étaient les casques militaires même trop lourds (un rire). Après il y avait ceux fait en sorte de bakélite, plus léger. L'éclairage est souvent bricolé par nous même, on utilisait aussi les lampes électriques et les lampes à carbure.

Dernièrement, j'ai fait monter un groupe de suédois à Ghar El Khadem. La croyant
aménagée, seules quelques uns sont descendus, les autres attendaient dehors. Les grottes aménagées ne me plaisent pas, celles de Bejaia peuvent être visitées en étant costumé, à travers des escaliers et lampes fixées aux rochers! Les suédois ont utilisé des lampes à 4 piles, éclairant comme un phare, j'ai alors redécouvert ma grotte, belle et immense avec sa voûte à une quarantaine de mètres dessus de nos têtes.  A chaque occasion comme les jours fériés par exemple (fêtes arabes ou françaises), Wernier et moi sortions en exploration, on est allé à Letourneux (actuellement Derrag), près du rocher escale en bas, à l'Oued El Maouis, j'ai trouvé une grotte qu'on avait explorée, aujourd'hui bien sûr, les temps ont changé, je ne sais pas si je pourrais encore trouver l'entrée. Elle n'est pas aussi grande que Ghar El Khadem, mais il y a un cours d'eau souterrain où des poissons vivaient, on voulait en attraper pour les analyses en laboratoire, car on disait que les  poissons des grottes sont particuliers et aveugles.

 

-Comment faisiez vous pour prendre des photos?

-Le premier appareil photo que j'ai acheté était Hollandais avec flash incorporé. Il nous allait très bien en ce temps là, acheter un appareil photographique c'était quelque chose. Avant, il n'y avait pas d'appareils aux 100 centièmes ou 500 centièmes comme maintenant. Il y avait des ouvertures jusqu'à 8. Je me rappelle, on pouvait avoir des appareils de qualité, mais on avait peur qu'ils se cassent vu que c'était fragile. On se servait alors des anciens, semblables aux boites de sardines, c'était les formats six-neuf petit trou. Avant cela, on utilisait comme flash soit la bande soit la poudre à magnésium, pour une seule pause.

Une fois on a coloré l'eau de la rivière pour voir le cheminement de l'eau, lorsque les habitants près des sources ont vu l'eau bleu foncé, ils ont failli nous lyncher.

 

-Une fois vous nous avez parlé de la nitroglycérine.

- Ah oui ! On a mis une petite quantité dans un flacon pour dégager des passages étroits. Lorsque Wernier a montré cela à son père, ce dernier a crié : "En utilisant cela, vous pourriez faire tout sauter et rester vous même sous les roches" Et il nous a montré l'expérience avec une petite quantité.

 

- Parlez nous de Wernier

- Je ne sais s'il est encore vivant, avec ses parents ils sont partis lors de la fuite générale à l'indépendance en 1962. C'était un type qui bossait. Lorsqu'il faisait une chose, il voulait réussir et la continuer jusqu'au bout. Il s'empressait de le faire le premier. Il faisait son plan, et on s'entraidait. Il n'était pas nerveux. Il était posé et sportif pour ainsi dire. Même les danses ne lui disaient rien. Il aimait la nature. Wernier travaillait, mais cachait les résultats et les envoyait en France. Il avait un petit théodolite pour prendre les diaclases. Il fouinait bien avant d'entrer à la grotte. Il avait même un petit laboratoire de 2 m sur 3 m avec électricité, armoire, paperasse bien rangée, des livres de Norbert Casteret, Loubens...

 

- Et la mort tragique de Marcel Loubens au Gouftre de la Pierre Saint Martin en 1952
ne vous a pas découragés ?

- Non ! On s'est dit qu'il n'avait pas pris ses précautions, et qu'il fallait faire attention.

- Il y a des gens qui arrêtent la pratique de la spéléologie après leur mariage. Ce n'est
pas votre cas?

- Pourquoi ? La pratique de la spéléologie  est incompatible avec le mariage ? C'est seulement la guerre de libération qui m'a stoppé. Même Wernier n'y allait pas.
Quand les jeunes de votre club sont venus me voir la première fois, je suis monté avec

eux jusqu'à la grotte. Ce goût me reste et cette activité m'a permis de rester bien portant physiquement.

-Aujourd'hui, les gens s'étonnent de notre activité. À votre époque comment on accueillait cela ?

-Je m'habillais en short l'été, tout en couleur kaki avec sac à dos et corde. On me voyait monter des fois avec le casque et sa frontale fabriquée par moi même. « Bouguedou est comme un lion, mais dommage c'est un maboul (fou) disaient les gens (et il éclate de rire). En hiver, la neige restait en ville jusqu'à 16 jours. A ce moment ils me voyaient sac à dos, bien couvert et me dirigeant vers la forêt. Que faisait-il ? Leur étonnement augmentait lorsqu'ils voyaient les cordes et le casque avec frontale. Mais eux ne savaient pas que lorsque je suis dans la grotte, j'enlevais tous ces vêtements, car celle ci est climatisée.

 

- Quel est votre meilleur souvenir ?

-Le meilleur, c'est qu'à chaque sortie, c'est la joie. L'un de mes souvenirs particuliers est notre retour de Ghar Cherchour le lundi 1er Novembre 1954 (la toussaint chez les français). On avait passé le 30 et 31 Octobre en exploration. Descendus du Djebel on faisaient de l'auto-stop en gardant nos casques et habits de spéléologue avec l'insigne de chauve-souris ici et spéléologie de France. La curiosité des français ou arabes faisait arrêter leurs voitures. Cette fois-ci tout a fait le contraire. Pourquoi ? A savoir. Une voiture nous déposa enfin à l'entrée de la ville. Dans cette dernière, des policiers armés nous encerclaient et nous ordonnaient de ne pas toucher à nos sacs. Auprès s'être présenté et vérification et des papiers, ils baissent leurs armes (sachant surtout que mon collègue est français).

 -« Où étiez-vous ? »

- A la montagne

Vous n'avez rien vu ? Ni feux, ni foule ? Rien ? « Nous disaient-ils. Là on a tout compris.

En 1946, Mustapha Ferroukhi (Allah yerham Echouhada) (Que Dieu ait l'âme des martyrs) accompagné deToufik El Madani m'ont demandé discrètement de leur faire des petits schémas de grottes, des schémas de leur accès, des points d'eaux. Moi je ne savais pas pourquoi. Une fois aussi, entre algériens, on est allé le 2eme jour de l'Aïd El-Kebir  1947 avec un peu de viande dans nos sacs et on a fait une longue randonnée. Partout où on passe on disait. «Ne voter pas pour l'ennemi»

 

- Avez-vous connu d'autres spéléologues étrangers?

-Oui. Des fois ils venaient prospecter avec nous ou compléter le travail déjà fait. Il y avait des amis de la nature, des touristes à qui on faisait visiter la grotte de Miliana (Ghar El Khadem)

-L'Algérien peut-il être compétitif en spéléologie avec les européens ?

    -L'Algérien a de l'endurance. On n'est pas élevé dans du coton et la délicatesse. Vous avez vu leur nourriture ? Nous, on prend un peu de pain et de lait et ça y est pour la journée. Nous, au début on avait la crainte. Mais lorsqu'on a du matériel qu'on connaît on a confiance et on peut aller loin. Nous on a le soutien spirituel. On dit si c'est le destin je mourais aujourd'hui ou demain. Alors en avant » Eux « C'est dangereux. Peut-être que je vais mourir en faisant le héros ». En Algérie, il y a beaucoup de grottes. Il faut chercher, questionner les
bergers. L'Algérie n'est pas comme la France bien fouillée. Tout est vierge chez-nous.

 

La spéléologie  a t-elle un avenir en Algérie ?

- Ah, il faut donner le goût aux jeunes.

-La femmes de Monsieur Bouguedou intervient :
   - Peut être qu'il y aura des jeunes qui s'intéresseront plus tard, moi je suis une femme et j'aimerai bien y aller malgré les difficultés et l'humidité. Je trouve que c'est bien et cela permettra de connaître notre pays.

Il faut aussi être naturaliste, reprend Mohamed. Moi j'étais "djoual" errant au scout. Je contemplais pendant des heures les concrétions car elles sont restées des millénaires pour se former. Nous on voudrait bien connaître les dessous de notre terre. Moi j'ai arraché la spéléologie et les connaissances de chez cet européen. Beaucoup de jeunes "Kechefs" sont venus avec nous. Ils voient cela une fois et ils abandonnent. Des Européens viennent chez nous dans telle grotte ou autre point précis et font des recherches c'est ce qui m'irrite.

 

-Est-ce que ce n'est pas un problème de matériel ?

Non. C'est une question avant tous de goût et d'encouragement. Une fois on est allé à une grotte Freint El Aïn au pied du Zaccar prés de la commune Marguerite "Aïn El Torki" qui  manquait d'eau. On a trouvé un filon d'eau de rien du tout. Le maire nous a donné un petit cadeau en nous disant : « Merci pour votre travail et information. On va chercher d'où vient

cette eau et faire peut être un forage. Nous on avait presque rien. Et lorsqu'on fait quelque chose de nos mains, c'est cela la joie. Si tu as tout, à quoi bon. Vaut mieux prendre un hélicoptère et visiter l'Algérie. Il vaut mieux faire cela à pied et toucher à tout. Le goût viendra comme ça. Je pense aussi que les spéléologues doivent se présenter surtout en habits et matériel. La curiosité va attirer les gens.

Publié le 04 août 2012 pour tes 84 ans, Bon anniversaire Mohamed.

 

Interview réalisé en 1988 par : Abdenour Lazergui
Transcription : Mohamed Bélaoud avec la participation de : A. Toumert et M. Tabèche

 


 

La vie à Tala

27 Juillet 2012 , Rédigé par Med Tabèche Publié dans #Faune et flore

"Tiliwa" : les sources, sont des lieux de vie extraordinaire. Bien entendu on y vient pour s'approvisionner en eau, c'est pour cela que la vie grouille autour, mais pour peu qu'on le veuille bien ouvrir ses oreilles et ses yeux on peut voir et entendre à peu près ça : regardez ce court métrage en haute définition, qu'on aurait pu tourner dans n'importe quelle source en Kabylie. Chacune d'elle renferme des légendes, des souvenirs, des histoires de querelles et de batailles, des histoires fantastiques liées aux gens des villages.

Pouvez vous nous citer les noms des sources de votre région ?

 


 

La littérature orale et la mythologie chez les Kabyles

10 Juillet 2012 , Rédigé par Med Tabèche Publié dans #littérature

 

    Youcef Allioui a été professeur d'économie et cadre financier en entreprise pendant près de 20 ans. Docteur en sociologie et en psychologie du travail, il a voué une grande partie de son temps aux enfants et aux jeunes en grande difficulté d'insertion scolaire et socioprofessionnelle au sein de la Ligue Française de l'Enseignement.
  

  Il a également été enseignant de langue amazighe à l'Université Paris 8 Vincennes et a travaillé activement au sein des Groupes d'Etudes et de Recherches Berbères de la même Université et de Paris V Sorbonne sous la Direction de Fernand Bentolila.
   

  Il a notamment participé à la création de la radio périphérique berbère « Radio Tamazight », à travers laquelle il avait animé de 1982 à 1986 une émission en berbère-kabyle intitulée « La langue berbère » (Tutlayt tamazi$t). Ces émissions pourront bientôt être écoutées à la Bibliothèque Nationale de France grâce au concours de l'Institut National de l'Audiovisuel (INA).

   Sociolinguistique, il se voue à la langue et à la littérature orale berbère de Kabylie depuis plus d'une trentaine d'années. Ecrivain et poète bilingue en berbère et en français, il a consacré plusieurs ouvrages et de nombreux articles et conférences à la Kabylie.
   

   L'aliénation linguistique et la résilience culturelle des Imazighen demeurent toujours ses champs favoris de recherche et d'investigation.
  

  Aujourd'hui, il se consacre aussi à sa fonction de psychologue dans le cadre notamment du soutien à l'enseignement en travaillant, notamment dans le cadre du dispositif d'insertion des « 16-25 ans ».

                                                             Sources Internet


 


 Allioui-montage.JPG


Jugurtha superstar !

3 Juin 2012 , Rédigé par Slimane Hachi Publié dans #Histoire

Par Slimane Hachi.

Aujourd'hui, en Algérie, on croise des garçons prénommés Jugurtha ou Massinissa : ces rois illustres restent vivants dans l'imaginaire collectif.

 

 

Dans la seconde moitié du XXe siècle, un élan inédit permit de voir fleurir en Algérie de nombreux travaux et études sur le monde berbère. Les approches scientifiques du monde berbère ancien connurent un renouvellement majeur sous l'impulsion des éminents professeurs G. Camps et M. Mammeri. L'intégration des dimensions archéologique et anthropologique ainsi que la formation de jeunes chercheurs algériens permirent de briser de solides préjugés sur le monde berbère, de ressusciter un ancrage identitaire nord-africain et de reconsidérer des figures numides telles que Massinissa et Jugurtha dans leur incontestable dimension souveraine. A travers la confrontation et l'analyse des seuls témoignages écrits, il convient désormais d'admettre que les populations de l'Afrique du Nord présentaient dès le Ve siècle av, J,-C. deux genres de vie nettement différenciés; des agriculteurs sédentaires et des pasteurs nomades. II est également admis, grâce aux apports de l'archéologie, que les populations numides disposaient de leur propre système agraire et  hydraulique. S'agissant de l'outillage, la charme nord-africaine a été l'objet de nombreuses études qui permettent d'affirmer que les Berbères n'ont pas reçu cet instrument des Phéniciens, De même, les  données linguistiques prouvent que, pour les cultures de champ, les Berbères ne durent ni leurs semences ni leurs instruments essentiels à une quelconque influence punique. La synthèse du schéma classique qui préside à L'éclosion d'une civilisation semble avoir été le fait des Berbères puisque la pratique de l'agriculture fixa au sol des populations paysannes avant que n'apparaissent des villes de fondation autochtone, contemporaines du règne de Massinissa. A l'avènement de Massinissa, allié de Rome et artisan de la défaite de Carthage en 203 av. J.-C. lors de la deuxième guerre punique, la Numidie était parvenue à un état de civilisation non négligeable. S'efforçant à partir de 200 av, J.-C. de gagner la protection des Romains pour parvenir à isoler ses rivaux, Massinissa se garda habilement de s'étendre vers l'Est en direction de Carthage, chasse gardée MonnaieHachi-slimane-2.jpgde Rome, et entreprit d'augmenter les  possessions de son royaume vers l'Ouest D'une ambition méthodique et mesurée, il sut constituer et mettre en valeur un territoire immense, exportateur de blés et de céréales en direction de Rome et de la Grèce, Le souverain numide sut également s'approprier les attributs modernes de la souveraineté tels que la frappe de la monnaie et le développement de la circulation monétaire puisque les échanges entre les villes et les campagnes connurent, sous son impulsion, un essor considérable. Cependant, cet ennemi acharné de Carthage, acquis depuis son plus jeune âge à la civilisation punique, voué à la vénération de ses dieux, ne parvint jamais à renverser le processus de punicisation de son royaume auquel il n'opposa au  mieux que l'introduction d'éléments culturels et cultuels hellénistiques. Petit-fils de  Massinissa, Jugurtha incarne quant à lui la figure de la résistance à l'Empire romain. La trajectoire de ce souverain intrépide permet de mettre en lumière une Numidie certes vaincue mais offensive et de nuancer le portrait univoque d'une entité historique vouée à la domination, à la guerre portée sur son territoire et aux assauts extérieurs. Après avoir assassiné ses cousins pour régner seul, Jugurtha parvint à corrompre, à Rome, un tribun de la plèbe qui plaida en sa faveur. De retour en son royaume, il garda de son déplacement le souvenir d'une capitale vénale : « Rome» ville à vendre". Vaincu par Marina en 106 av. J.-C.

Jugurtha fut emprisonné à Rome où il mourut. Comme Massinissa, il reste un héros national.

  

Dressé contre Rome Jugurtha, roi de Numidie mena la guerre contre Rome. Il fut vaincu en 106 av.J.-C. C'est la fin du Royaume indépendant de Numidie.

 

SLIMANE HACHI, préhistorien et anthropologue, directeur du Centre national de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques, Alger.

Collections de L'Histoire n°55 page 12

 

 

La montagne prise d’assaut !

3 Juin 2012 , Rédigé par Med Tabèche Publié dans #EchoLogique

Par Mohand Mehgellet dans la Dépêche de Kabylie du 02 juin 2012.

Les montagnes de Djurdjura se font de plus en plus belles et captivantes en cette fin du mois de mai, notamment avec la fonte des dernières neiges qui ont laissé place à une tapisserie végétale luxuriante d’un vert éclatant.

Ces lieux paradisiaques réputés pour leur attractivité naturelle sont devenus la destination privilégiée de nombre de citoyens, notamment depuis que l’axe de la RN33, reliant Bouira à Tizi-Ouzou via Tikjda par le col de Tizi Nkouila, est rouvert à la circulation automobile. Un tronçon éprouvé par les dernières intempéries hivernales et qui a été dégagé des névés et autres amas de terres et de pierres projetés sur la chaussée par les éboulements causé lors des importantes chutes de neige durant l’hiver dernier. Si les services des travaux publics n’ont pas lésiné sur les moyens pour entamer sa réouverture à temps, l’ampleur de la tâche et des dégâts est telle qu’il a fallu attendre le mois de mai pour que le dernier obstacle disparaisse au niveau d’Aswel. Un lieu réputé pour sa topographie qui le présente sous forme d’un plateau en contraste avec les anfractuosités environnantes toutes en pierres, où le moindre faux pas est synonyme de chute à haut risque. C’est d’ailleurs à cet endroit qu’un stade avec une piste d’athlétisme y a été érigé sans être malheureusement exploité à bon escient, et qui se prête parfaitement à la pratique sportive dans un cadre féerique. Avec la levée de cette contrainte sur cette route qui fait jonction au niveau col de Tizi Nkouilal, avec l’autre axe routier n°30, reliant M’Chedallah à Tizi-Ouzou, c’est un pan de la Kabylie et du Djurdjura qui se désenclave permettant la reprise du mouvement entre les versants nord et sud du Djurdjura. Ainsi, les populations de Ouacifs, Iboudraren, Beni Yenni, peuvent facilement se mouvoir pour se rendre tant à Bouira qu’à Tazmalt via Maillot, pour son marché hebdomadaire du jeudi, et pour s’approvisionner en matériaux de construction, tels que le sable, le ciment et le fer, sans grand détour et autres pertes de temps. De même pour les Imcheddalen qui sont à moins d’une heure de route de Tizi-Ouzou. C’est également la reprise de la fréquentation de la région pour ses trésors naturels propices à la ballade, au sport, la méditation entre autres plaisirs, en solo ou en famille. Aswel, Tikdjda, la main du Juif, Tizi Nkouilal, Tala Rana, Tabourt Tamelalt, sont autant d’escales qui jalonnent la route où chaque halte est synonyme d’un spectacle de paysages idylliques, donnant l’impression des hauteurs vertigineuses et la grandeur d’avoir le monde à ses pieds, avec cette nuée de villages essaimés sur les collines à perte de vue. C’est sans doute pour cela que la sollicitation est visiblement de plus en plus importante de par les flux des visiteurs, qui en moto, qui en voiture viennent de très loin, à se fier aux immatriculations de toutes les wilayas du pays, croisées sur ces hauteurs. Il est fort à parier qu’avec une bonne politique en matière de tourisme, les étrangers reprendront le chemin de nos montagnes, pour peu que les conditions de sécurité et d’accueil soient améliorées. Pour cela, il serait bon que les règles d’hygiène et de protection de l’environnement retrouvent place dans les réflexes des citoyens au comportement d’incivilité notoire à travers les beuveries collectives bruyantes émaillées d’obscénités gratuites à des endroits partagés par les familles, comme les abords des routes, les fontaines, les sources, en laissant sur place les emballages de leur consommation, notamment des bouteilles de bière .

Mohand Meghellet

Adjoudj dit Adjou

29 Mai 2012 , Rédigé par Aissa Adjoudj Publié dans #Portraits

par Aissa Adjoudj, dimanche 2 janvier 2011·

   Aissa-Adjoudj.jpg  Je suis né dans l’arrière pays kabyle sous les senteurs des chaumes  et les cris des chacals. Premier garçon dans la famille, ma naissance devait apporter quelque bonheur, car mon père s’empressa, contrairement à l’usage, de me déclarer sans tarder à l’état civil. Il fit inscrire par la même occasion ma sœur devenue ma jumelle plus âgée de deux années. En ces temps-là, cette obligation n’était honorée qu’après preuve de viabilité de l’enfant car il ne servait à rien de se déranger pour des créatures à l’existence souvent éphémère. Mais ma sœur jumelle de l’état civil faillit faire les frais de ce retard le jour où, sollicitée en mariage, son âge ne le permit pas. On lui fit alors porter le nom de son aînée qui, elle aussi, se vit nommer du prénom de sa sœur décédée mais encore vivante dans les registres de la mairie. Grâce à toutes ces gymnastiques, ma sœur aînée et ma sœur cadette portent aujourd’hui le même prénom.

     Mes  toutes  premières  années  devaient être  partagées  entre  la ferme de M. Lacombe et Oued Selaya où mon grand père, aspirant à la condition d’humble propriétaire terrien avait arraché à la forêt une  petite clairière au sol escarpé. C’est au fil des années et du temps laissé par les mobilisations aux guerres lointaines et les charges de la métairie, que celui-ci, aidé de sa nombreuse progéniture avait réussi le pari de léguer à ses enfants ce lopin escarpé qui, à défaut de les nourrir, leur assurait l’indépendance du gîte. Je ne sais pour quelle raison mon père et ses frères nommaient cet endroit "Les Platitudes" lorsque la pente du terrain était si forte que le mur du fond de la maison ne pouvait s’élever à plus de quelques centimètres pour permettre l’horizontalité de la traverse de toit. Les femmes par contre, n’évoquaient ce lieu que sous le nom de Oued Selaya.

     Les moments passés à Oued Selaya ne m’ont laissé aucun souvenir car trop jeune à l’époque pour posséder de quelconques facultés de mémoire.famille-kabyle-2.jpg

     C’est à l’issue de la guerre que nos visites reprirent pour la récolte de quelques figues ou la récupération des rares tuiles épargnées par les bombardements. Nous retrouvions des lieux riches d’histoire et d'émotion où planait le visage de Hamoud, le jeune berger que le destin avait appelé pour mourir avec ses parents sous les obus lancés de derrière les collines. La vue de ces gravats laissés intacts depuis l’effroyable nuit, habillait le visage de Hamoud de contours plus nets et ravivait le souvenir de nos mères pleurant à l’annonce de la triste nouvelle. Car Hamoud était un enfant de la maison. C’était le fils de Saïd ben Hamoud, le compagnon devenu voisin par la grâce de la concession commune de défrichement.

Saïd ben Hamoud n’avait pas la chance de mon grand père. Sa progéniture, quoique nombreuse, ne le classait pas encore parmi les hommes prisés des propriétaires qui ne confiaient leurs fermes qu’à des métayers capables de compter sur plusieurs bras. Il ne pouvait à ce titre, prétendre à une quelconque occupation à la périphérie de l’activité coloniale. Il aura donc fait partie, à l’instar de ses nombreux concitoyens, de la grande armée des affamés de ces temps de misère. Ces damnés étaient encore chanceux lorsqu’ils parvenaient à placer un de leurs enfants comme gardien de troupeau dans une ferme.

     Hamoud  avait huit ans à peine quand il était arrivé à la ferme pour remplacer aux soins des bêtes de trait, son frère aîné promu par son âge à des tâches plus en rapport avec ses aptitudes.

     Les petits bergers étaient engagés contre seulement le gîte et le couvert; ils percevaient rarement un petit complément d’orge que l’on versait à l’issue des récoltes à la famille mais ils vivaient heureux à la ferme parmi les enfants des métayers et des khammès avec lesquels ils partageaient travail, litière et nourriture.

     Hamoud, trouvait en outre, auprès de nos mères, l’affection que sa mère ne pouvait lui témoigner. Sa frêle silhouette et son air craintif lui épargnaient également les brimades et les remontrances des hommes souvent rendus mauvais par des journées harassantes.

     Les militaires avaient décidé de pilonner Oued Selaya de nuit mais le destin y conduisit  Hamoud dès le matin de ce funeste jour. Le lendemain au petit matin, trois corps inanimés étaient retirés des décombres encore fumants. Par une ironie du sort, les plus jeunes enfants étaient retrouvés vivants. Le bébé, Moussa, geignait dans ses langes, la jambe déchirée par un éclat.

     Mon grand père se prénommait Rabah. C’était un homme d’honneur disait-on. La société l’avait gratifié du titre de khaouni en reconnaissance de sa piété et de ses qualités d’homme de bien. Le khaouni désignait à l’époque l’homme pieux mais dont les moyens n’autorisaient pas l’accomplissement du cinquième commandement de l’islam, le pèlerinage à la Mecque.

     L’Histoire détournée a ignoré les khaounis. Dans le vocable d’aujourd’hui, ce terme est utilisé avec une consonance assez affective mais au sens très souvent péjoratif. Les khaounis sont pourtant à inscrire en tête des artisans de l’éveil de la conscience nationaliste. Car au moment où les activistes bien en vue s’éternisaient en spéculations sur les choix classiques en se gardant de l’ennemi et des concurrents, les khaounis remplissaient, loin des feux de la rampe et souvent sans l’entrevoir, la plus noble des missions de l’Homme envers l’Homme: la conscience de sa nature d’être humain. C’est certainement ce dont l’autochtone avait le plus besoin car, laissé pour compte par les colonisations antérieures et tenu éloigné des préceptes de la morale la plus élémentaire, il ne devait posséder pour toute culture que les éléments développés par ses instincts primitifs de possession et de survie.

     Alors que la vie quotidienne se déroulait en rapines et crimes passionnels, les khaounis mettaient en pratique les enseignements reçus de leurs maîtres spirituels et connus sous l’appellation du Mithaq. La respectabilité de ces hommes était souvent acquise grâce à leur humble origine, leurs actes de bienfaisance et leur sagesse. Il n’était pas rare de les voir sollicités pour intervenir et trouver solution aux conflits comme il leur était coutumier de recueillir la veuve et l’orphelin.   

     Je n’ai pas connu mon grand père, mort prématurément au retour de la Grande Guerre. Sa bravoure et des exploits reconnus sur les champs de bataille lui valurent maintes décorations et le grade envié de sergent.

     Mon grand père devait posséder un esprit assez ouvert. Sur une carte postale prise en garnison, il apparaît au milieu de deux camarades, une mandoline entre les mains. Sa stature et les traits de son visage sont ceux de mon père et de mon plus jeune oncle.

     J’appartiens donc à une lignée de défricheurs, agriculteurs et soldats à l’occasion. Mais  la génération d’avant mon grand père avait donné au monde quelques bandits de grand chemin dont les noms et les exploits se chuchotent encore de nos jours. Hamham aux mensurations disproportionnées, au poil dru et à la force et l’intrépidité légendaires était de ceux-la. Aujourd’hui encore, les représentants de sa lignée honorent régulièrement sa mémoire par quelque acte propre à rappeler que l’hérédité à du mal à se conformer aux lois des hommes.

    marche-kabyle2.jpg Les descendants de Kaddour El Harchaoui régnaient en maîtres absolus sur tout le territoire des harchaoua mais les histoires de leurs prouesses atteignaient les confins du pays kabyle.

     Oued El Djemaa limitait au nord le pays des Harchaoua. C'est un domaine tout en pentes et vallonnements, jadis couverts de maquis. En face, le pays des Nezlioua, au sol nu et déchiré, s'étalait au-delà des bourrelets boisés des crêtes au dessus de Draa El Mizan.

     Oued El Djemaa était aussi la frontière convenue des domaines d'influence. Un empiètement a failli un jour mettre aux prises mes ascendants contre la bande de Frikat dont le champ d'action atteignait les Nezlioua. Heureusement, la sagesse a prévalu pour que, bien avant le concept des armées modernes et des organisations respectables sur le droit de poursuite et les limites de souveraineté, celui-ci soit introduit comme élément de convention. Egalement conscients de l'impératif de préserver toutes les forces et les énergies au profit exclusif de leurs intérêts, les deux bandes ont scellé un accord d'entraide et de non belligérance. Cet accord a été conclu avec un gage matérialisé par l'union d'une jeune fille des Nezlioua à Omar M'Hamed, un jeune homme des harchaoua, au profil fort prometteur et qui ne déçut point.

Les velléités de partage du monopole du banditisme qui se manifestaient ça et là, se retrouvèrent du coup utopiques. Venir à bout de deux bandes réunies devenait une entreprise suicidaire.

     J'ai connu Hadj Kaddour, Omar M'hamed, Moussa ben Kaddour et El bkir à l'age de leur émancipation et de leur retour au droit chemin. Ces hommes me sont tous apparus comme des personnages peu ordinaires mais difficiles à imaginer dans les rôles qui leur étaient prêtés.

     Hadj Kaddour était l'image même de la noblesse. Portant haut la coiffe et l'habit immaculé, il avait fait pénitence de ses errements par un pèlerinage à la Mecque à l'heure où un tel périple était une aventure que beaucoup payaient de leur vie.

     La notoriété de Hadj Kaddour sur les champs d'empoignade le fit quérir par le caïd Hamana de Palestro, mis à mal et humilié par les Béni-maâla et les bandits de Chaâbet. Il resta à ses cotés et le protégea jusqu'à sa mort naturelle.

     Père d'une famille innombrable issue de plusieurs mariages, Hadj Kaddour a légué à ses enfants la force du corps et la poitrine broussailleuse.  Ses fils aînés ont aussi conservé quelques qualités guerrières et belliqueuses. Le nom de Moussa ben Kaddour remplit bien de procès-verbaux de gendarmes d'ici et d'ailleurs. Il est même lié à celui de mon père lorsque celui-ci, épaté par l'avantage du prix, se fit refiler un réveille-matin volé quelques heures auparavant, par effraction dans une résidence de colon.

     Mon père raconte souvent cette histoire et les paroles du maire devant lequel il fut présenté par les gendarmes venus de Palestro. Traduits approximativement, ces propos devaient être: « Je connais bien ce bougre. Non, son geste ne peut provenir d'une propension au vol  ou au recel. Il a seulement été obnubilé par l'éclat d'un objet qu'il rêve de posséder. Ces indigènes sont des enfants en matière d'esprit, mais heureusement, des animaux à la tache.  Celui-là est même exceptionnel m'a-t-on dit. Son contremaître à l'usine, Monsieur Fernand verserait une rançon pour le voir retourner rapidement à son travail ».

     Mon père fut donc relâché. Il s'en tirait à bon compte par la restitution du réveil, quelques vexations et la honte de se faire mener à travers le village entre deux gendarmes, la preuve de son délit entre les mains.

Omar M'Hamed et son fils aîné – El bkir en arabe – travaillaient tous les deux avec mon père à l'usine. Lorsque nous devions abandonner notre maison d'El maâsra pour satisfaire à l'ordre du regroupement, mon père n'avait d'autre choix que de nous faire établir à Ben Haroun, près de son lieu de travail.

     Avec l'accord du sous-officier, préposé à l'organisation des travaux d'aménagement et de construction du camp d'hébergement, mon père et ses lointains cousins s'établirent ensemble sur un îlot surplombant la route et isolé du reste des autres habitations érigées au fond d'une cuvette allongée contre le cimetière.

     Omar M'hamed était un vieux de courte taille au teint basané. Seules ses énormes moustaches trahissaient un passé de vigueur. Il avait une voix chevrotante qu'il débitait lentement.

     Omar M'hamed prenait rarement part aux discussions des adultes. Par contre, il affectionnait beaucoup de plaisanter avec moi et ses petits enfants. Aussi, je lui vouais une grande sympathie jusqu'au jour ou, alerté par des cris et gémissements, je le vis à travers l'entrebâillement de notre porte que retenait ma mère toute tremblante, traîner par les cheveux sa malheureuse femme. Cette scène devint par la suite coutumière et un jour, Omar M'hamed, découvrant mes craintes à son égard, m'en donna les raisons. C'était à son sens, une prévenance utile afin de toujours garder la primauté de l'homme à la maison. La femme m'expliqua-t-il est une créature sournoise et revancharde qu'il faut toujours mener par la crainte du bâton.

     El Bkir avait le visage fin et l'allure leste. Ses petits yeux étincelaient d'une lueur féline. Il était peu loquace mais apte à tonner lorsque sa femme ou ses enfants lui donnaient l'occasion. Les malheureux vivaient chaque soir dans la hantise de le voir arriver car, à vrai dire, il n'avait pas besoin de découvrir; il avait déjà son motif de remontrance.

     El Bkir évoque avec gratitude la grande maison d'arrêt de Tizi-ouzou. C'est là, que prisonnier de droit commun et prévôt pendant plusieurs années, il avait appris à tisser les scourtins dont il devint le producteur attitré lorsque, remis en liberté, il décida d'en lancer la fabrication.

     Lors de ses confessions faites à l'orée de son départ à la Mecque, El Bkir, fut conseillé de faire aveu de ses agissements passés. Une de ces victimes qui s'étalait en conjectures reçut un chapelet d'injures et fut invitée à mettre son pardon là où il ne sied à rien!

     Avant mon arrière grand père qui se prénommait Ali aux traits négroïdes bien prononcés, mes aïeux tiraient leurs subsides de rapines et de coups de main. La nature les ayant privilégiés sur le plan de l’aptitude physique, ils usaient de leurs mains comme d’autres, de leur intelligence.

     C’est à l’avènement des Français que les choses durent changer. Sommés d’opter pour des activités plus conformes à la morale, mes ancêtres étaient pourchassés et bientôt ramenés à de meilleures dispositions. De ces temps lointains persistent aujourd’hui quelques reliques témoins de l’histoire mouvementée de mes ascendants. Ainsi, de la scission entre les modérés et les radicaux qui durent connaître la déportation vers les bagnes de Cayenne et de Nouvelle Calédonie, est apparu le pseudonyme collé à notre patronyme sur les registres officiels de l’état civil. Ajouté par l’administration en vue de différencier les deux branches de la famille, ce nouveau nom, par les caprices du temps et de l’histoire, n’a pas respecté la lignée généalogique. Aujourd’hui, le nom de mon père dépasse d’une syllabe bien sonnante celui de son frère jumeau.

Le Magot d'Afrique du nord

19 Mai 2012 , Rédigé par Med Tabèche Publié dans #Magot (Le singe)

            Le singe Magot, de son nom scientifique Macaca sylvanus se caractérise par l'absence d'appendice caudale et vit dans les montagnes des pays de l'ouest de la Méditerranée, au Nord de l'Algérie et du Maroc ainsi qu'au sud de l'Espagne à Gibraltar. Il en existe aussi dans la Montagne des singes en Alsace depuis 1969. Ces singes de France, avec les macaques du Japon, sont  les primates les plus septentrionaux de la planète, leur épaisse fourrure leur permet de bien supporter les températures froides du nord. Le Magot est omnivore, son régime alimentaire se compose de fruits, de graines, d’insectes, de mollusques, de certaines racines et de plantes qu'il sait d'instinct non toxiques. En Afrique, l'homme (administrateurs, touristes, bergers, braconniers…) lui dispute et détruit son territoire et son habitat naturel, lui donne de la nourriture inadaptée, le braconne, l'empoisonne et le harcèle, alors qu’il est le premier habitant des lieux.


             Jadis l'homme vivait exclusivement des produits de la terre et des animaux d'élevage, il respectait l'environnement et sacralisait les animaux et la nature. Il ne viendrait à aucun l'idée de couper un arbre si ce n'est pour des besoins vitaux, ni de tirer sur un animal même une laie, pourtant réputée nuisible lorsqu'elle est en gestation ou avec ces petits, ou encore de tuer tout animal qui s'abreuve. Certains se souviennent encore qu'à chaque récolte nos parents prenaient soin de laisser quelques fruits sur l'arbre ou des graines sur le champ de récolte, pour les animaux. Est-il des règles sacrées que seuls nos ancêtres savaient observer ? Il y a même des légendes racontant une parfaite symbiose entre l'homme et l'animal sauvage : "l'homme qui laboure son champs avec des sangliers ou encore les singes qui nourrissent l'homme dans une grotte", …. On a fait parler l'animal dans nos contes et histoires, il interpellait dans les rêves où certains affirment avoir été persécutés par l'animal à qui ils ont fait du mal. Nos aïeux savaient faire face à la légendaire malice et l'opportunité du singe toujours prêt à faire une razzia sur les cultures. Ils avaient aussi des astuces pour réduire les dégâts sans en causer d'autres à la nature.


          Pendant la guerre d'Algérie, les forêts du Djurdjura étaient des sanctuaires pour les espèces qui y vivaient, elles n'étaient pratiquement pas dérangées et elles se reproduisaient en toute quiétude pendant des années. Lors des opérations militaires, l'aviation Française bombardait certains villages et les différents endroits de la montagne du Djurdjura, la forêt de Tikjda était alors brûlée au Napalm. Le singe magot fuyait son refuge et descendait dans la vallée et remplaçait pendant longtemps dans les villages en ruine, les habitants évacués de force. Le singe magot est devenu ainsi le maître incontesté ou le gardien des lieux. Le phénomène est bien entendu passé inaperçu, les préoccupations d'alors étaient autres, les dégâts causés par les singes étaient imperceptibles et dérisoires face aux dégâts de la guerre. A la fin des hostilités en 1962, chacun a repris sa place en regagnant son territoire, progressivement, l'équilibre s'est reconstitué jusqu'au début des années quatre vingt dix.


           Depuis vingt ans l'insécurité s'est mise en place, la montagne du Djurdjura était peu fréquentée par l'homme y compris par les bergers et leur troupeaux, le singe a recouvré la totalité des son territoire mais avec les nombreuse décharges sauvages et anarchiques d'ordures de toutes sortes cela a permis une reproduction effrénée du singe, qui pense avoir trouvé une source de nourriture facile et inépuisable et qui le sécurise mais aussi l'empoisonne. L'accalmie revenue, l'homme reparaît dans "sa" montagne, encouragé par les initiatives qui prônent le tourisme de masse. Or ces touristes donnent de la nourriture inadaptée (salée et sucrée), à Tikjda, mais on peut aussi observer cette pratique à Yakouren, la Chiffa et dans tous les lieux en Algérie et du Maroc où vit le Magot. Le Magot est devenu moins craintif, plus paresseux pour se nourrir naturellement, plus agressif et dangereux quand il a faim. Quand il y a moins de visiteurs et pas de nourriture dans les décharges le Magot descend aux abords des villages et saccage les arbres fruitiers et les jardins potagers des villageois, il guette sur un arbre ou un rocher la moindre opportunité pour pénétrer dans les maisons y chercher la nourriture à laquelle il est habitué.  Le singe magot a détrôné le sanglier en impopularité, il est devenu pour les riverains du Djurdjura un animal nuisible.


             Le singe ne fait aucun tort aux hommes, on ne peut lui reprocher des sentiments humains comme la haine, il va où son instinct le guide et là où il peut aller, il ne provoque pas d'incendies et ne menace personne de mort. Il était juste là avant nous dans la région qui nous concerne par le hasard de l'évolution, il ne demande qu'à vivre tranquillement. Le comportement de l'homme a fait que les singes magot sont  devenus impopulaires et nuisibles pour les riverains des montagnes qui les abritent. Les singes qui vivent aujourd'hui en Europe, à Gibraltar ou en Alsace ne connaissent pas ces problèmes donc cela veut dire les situations que nous avons créées ont conduit le singe Magot à devenir un problème n'est pas une fatalité.


Singe.JPG

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>
Partager cette page Facebook Twitter Google+ Pinterest
Suivre ce blog